-Ta banane là m’intéresse !
-C’est pour toi que je l’ai mise là !

Cet après-midi, à la radio de Bingerville, je n’ai pas hésité à demander et à manger une banane braisée qui me mettait l’eau à la bouche, sans vraiment aucune gêne.
Ça n’est pas la première fois que je me comporte ainsi.
Il m’arrive de demander à des inconnus de partager avec moi, ce qu’ils mangent.
Heureusement que l’homme qui m’a invitée avait acheté deux bananes car après avoir pris seulement la moitié de l’une d’entre elles, pour être bienséante, j’en voulais encore. J’aurais aussi bien aimé qu’il y ait deux portions de graines d’arrachide, pour en déguster plus.
Le féculent était si bon, si sucré ! J’avais envie de retrouver la vendeuse. Je n’ai par ailleurs pas fait cette remarque, ne voulant pas en faire trop.

De retour de Bingerville, j’ai aperçu de jeunes commerçantes. Elles étaient au nombre de trois. Deux d’entre elles portaient des cuvettes de graines d’arrachide sur leurs têtes. J’aime encourager les battants, quand je peux. Acheter ce qu’ils proposent, surtout quand il s’agit de femmes. Je trouve que c’est participer à leur épanouissement et ainsi freiner certains maux comme la dépendance financière qui entraîne la maltraitance et la prostitution. Quand les femmes proposent des choses à manger, mon âme est encore plus gaie, vu que manger est l’une des choses que j’aime faire … je suis même gourmande. Je reconnais que c’est vilain.
Après, il est clair que je dois être intéressée par le produit en vente. Malheureusement, en terme de nourriture, je suis parfois freinée dans mes élans, ne sachant pas dans quel contexte les mets sont faits. Voilà pourquoi je veux, tant que je peux, privilégier ceux qui <<subissent>> les ardeurs des feux. Mais, comment sont les mains qui les servent ?

-J’en veux pour 200 francs, j’ai 500 francs. La vendeuse avait la monnaie. Vous savez cette histoire de monnaie par ici !
Elle se baissa pour me servir. Je regardais son visage, son cou … elle était dépigmentée. Ses pieds étaient plus durement atteints. Ils étaient jaunes par endroits ou sinon pâles, avec des tâches noires. J’avais envie de lui parler mais je craignais pour moi. Je sais ce que les femmes pauvres d’esprit qui défendent la dépigmentation sont capables de faire. Et si elle m’injure ? Veut se battre ? Ses copines étaient juste à côté.
Je pensais aussi : <<Il ne suffit pas de faire des communications sur Internet. Ce serait un échec de ne pas pouvoir lui parler. C’est aussi et surtout sur le terrain qu’il faut agir … tout le monde n’est pas sur Internet. Me lira-t-elle un jour ?>>
J’hésitais sur les termes à employer. Ma chérie ? Ma soeur ?

– Il faut arrêter pommade là. Moi-même je faisais. J’ai arrêté. Ça peut te rendre malade. Tu connais cancer ?

J’entendis un timide « oui ». Je ne voulais pas m’arrêter. Je tentais ma chance.

-Celui qui t’aime, qu’il te prenne comme tu es sinon qu’il parte. Quand tu vas avoir ton argent, ils vont venir. Tu auras celui que tu veux. Elle semblait être plus receptive, d’accord. En m’éloignant, je lançais un :<<Bonne chance>>. La vendeuse me remercia. Il y avait plus d’énergie dans sa voix. Je partais heureuse.

Ce soir, j’ai écrit <<dépigmentation>> dans la barre de recherche Facebook et aimé toutes les pages affichées, qui luttent contre.

Si vous n’avez pas encore lu « Pourquoi j’ai arrêté de me dépigmenter » , je vous invite à le faire ! 🙂

Illustration : photo page Luttons contre la dépigmentation.


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2 commentaires sur “FIÈRE DE MOI CE SOIR, MÊME SI J’AI EU PEUR !

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