La couleur des murs de Profoundtown, bien aidée par la poussière, était tel ce rouge qui maquillait aussi les pieds des citadins. Citadins ? Hum … Oui ! Habitants de ce qui avait plutôt l’air d’un bien beau et gros village. Ici, peu de personnes pouvaient s’aventurer à porter des vêtements blancs car après quelques heures, ils changeaient de teinte. Pauvres collégiens et lycéens, obligés que nous étions de porter un haut blanc, soit quotidiennement,  soit occasionnellement ! Même l’air était poussiéreux et c’était marrant de voir la tête des bambins qui, ne se souciant de rien, traînaient partout, les cheveux, le corps, les vêtements s’ils en avaient, rouges de poussière !

Les fanatiques du ballon rond de tous les âges ne se souciaient pas non plus de ce à quoi ils pouvaient ressembler quand il s’agissait de jouer !  Un spectacle fantastique s’offrait à nous toutes les fois qu’il y avait un match de football à l’affiche, annoncé soit via un tableau d’informations, soit par le bouche à oreille. Avec ces informations vraies que l’on pouvait véhiculer via le fameux bouche à oreilles, les ragots ne manquaient pas non plus de parcourir la ville à la vitesse de l’éclair. Informations, vraies ou fausses, faisaient le tour de la cité en un temps record. Ainsi, votre réputation pouvait très vite se retrouver salie par vos contemporains. Quand les mots, devenant des maux étaient lâchés à votre propos et que vous vous inquiétez de ce que les gens peuvent dire ou penser, votre cauchemar pouvait commencer. On savait par exemple que le voisin mangeait mal, on le devinait plutôt, sans avoir un quelconque lien de familiarité avec ce dernier, sans nous soucier de ce que nous-mêmes vivions, de notre état, pendant que nous pouvions avoir difficilement les trois repas du jour. La seule différence avec les devins des temps modernes : prestations entièrement gratuites. Pas un franc à payer, aucun sacrifice à faire. On prophétisait sur la vie de certains, on collait des étiquettes aux personnes pour le plaisir de parler, de raconter, de colporter. Il faut avouer que peu de personnes ne se prêtaient pas à ces jeux malsains, tellement le gros de la population était gangrené par les maux de la société.

–      Cette fille là, pour qui se prend t-elle ?

–      Elle est toujours en compagnie des garçons !

–      Cela ne m’étonnerait pas qu’elle soit atteinte du Syndrome d’Immunodéficience Acquise !

Voici le genre de discussions dépourvues de sens qui animaient les journées de plusieurs d’entre nous, avant d’être plus réfléchis, avant d’avoir atteint une certaine maturité d’esprit. Il y a de quoi rester coi quand tout ceci vous est étranger, tellement le choc peut s’avérer grand. Ainsi, on nourrissait un sentiment de haine sur aucune base, on insinuait que parler avec des gens pouvait occasionner d’être atteint du SIDA, que faire la conversation à une ou plusieurs personnes suffisait pour conclure que nous avions des activités libidinales avec celles-ci ; on faisait des tests de dépistage avec les yeux, comme si la société ne stigmatisait pas déjà assez les malades, à tort, au point d’occasionner l’une des maladies les plus meurtrières, celle du sentiment que l’on est rejeté par tous, qui nous conduit plus vite à la tombe, le statut et la pathologie n’étant pas en eux-mêmes une fatalité.

Extrait de mon premier tapuscrit intitulé « Jeunes Filles » . Il a plus d’un an. 

En ce 1er décembre de l’année 2018, comme depuis 30 ans maintenant, le sujet du SIDA, la maladie chronique qui a été qualifiée de « maladie du siècle », était de façon particulière, « sur les tables » , pour parler sensibilisation, pour parler déstimagtisation.  Jeudi dernier, je faisais déjà une communication sur mon compte Facebook, qui relatait que j’avais vu une émission que j’appréciais : Matin Bonheur, qui est un programme de la chaîne de télévision nationale ivoirienne (RTI 1). Sa thématique : Santé : Journée Mondiale de lutte contre le SIDA / La maladie fait-elle toujours peur ?


Je vous propose de revoir l’émission


Dès l’introduction,  le coprésentateur Marcelin Govoei rappelait que nous faisons parfois la vilaine erreur en disant bien souvent « journée mondiale du SIDA » au lieu de « journée mondiale de lutte contre le SIDA« , donnant ainsi l’impression d’avoir pour ambition de faire l’apologie de la maladie, alors qu’il n’en n’est naturellement rien. Deux témoignages m’ont marquée dans ce programme TV. Il s’agissait, d’un côté, de celui d’un enfant atteint dès la naissance de la maladie parce qu’ayant été contaminé par sa défunte mère, et, de l’autre, de celui d’une jeune femme qui a contracté le SIDA dans des circonstances aussi déplorables. Sa mère qui pensait la faire soigner par un féticheur qui vivait dans la cour qu’elles habitaient, l’avait conduite chez ce dernier. Il incisa la peau de la fillette qui avait alors 2 ans, pour y insérer des « médicaments » . Malheureusement, la lame que le féticheur utilisa était infectée. L’enfant et sa mère furent contaminées. Aujourd’hui, 19 ans plus tard, la petite fille d’hier témoigne vivre normalement sa vie parce qu’elle est suivie.

Pour le petit orphelin de 6 ans, le quotidien semble par contre ne pas être du tout joyeux. L’une de ses tantes qui l’accompagnait pour ses soins trimestriels, avait relaté qu’elle aimerait vivre avec lui. Ce n’était pas encore le cas parce qu’habitant un village où elle est mariée. Alors qu’elle partage des repas avec son neveux quand sur Abidjan, ce dernier est écarté des autres enfants en son absence. Une autre tante ne veut même pas qu’il joue avec sa progéniture, craignant une contamination. Quelle vie pour Innocent ?

Eléments à voir dans la rediffusion de l’émission

Le reportage dans Matin bonheur du jeudi 29 novembre 2018 nous apprend qu’en Côte d’Ivoire, 460 000 personnes sont infectées, dont 56 000 femmes (plus de détails et de chiffres dans l’émission). Les professionnels informent qu’il est possible d’observer un taux de réussite du traitement de plus  95% quand il est correctement suivit. Il faut surtout être rapidement pris en charge, avant que les maladies opportunistes ne commencent à s’inviter. Et pour se faire, il faut connaître son statut sérologique. Le test de dépistage s’impose donc, si nous voulons savoir ce qu’il en est. Nous devons nous diriger vers les centres spécialisés pour nous faire dépister. Je crois en effet qu’il est préférable de décider de nous-même de vérifier notre statut plutôt que de l’apprendre « par la force des choses » , quand nous sommes si mal que le personnel de santé est dans l’obligation de nous faire un test, par exemple, ou quand on attend un enfant. Dans mon cas, mon dernier examen remonte justement à mon premier trimestre de grossesse. Avant cette fois, je m’étais déjà faite depistée que trois fois je crois, de mon gré. En 2012 (je crois que c’est la bonne année), le laboratin qui me donnait l’enveloppe qui contenait mon résultat, que je devait remettre pour « interprétation » avait aussi demandé mon téléphone. J’avais conclu que je n’étais pas séropositive  (ça peut être bête de faire ce raccourci oui je sais).  En décembre 2016, si j’ai bonne mémoire, l’agente qui m’avait reçue avait sorti des mots qui m’avaient marqués :

« Quelle est la personne à qui vous tenez le plus dans votre vie ? » J’avais donné une réponse et elle ajouta : « prenez soin de vous, pour elle » . J’avais bien fait rire les personne qui étaient venues pour faire les tests (les agents), par mon comportement, mes réponses. Si nous ne pouvons pas faire attention pour nous-mêmes, faisons le pour ceux que nous aimons.

A propos du port du préservatif, une parente demandait souvent ce qu’on trouve ou cherche dans le sexe, au point de ne pas penser ou pouvoir nous protéger, à notre époque. Elle ajoutait que si nous étions au moins mariées, on pourrait moins culpabiliser si un malheur nous arrivait car, notre « gars » voit probablement une « go » qui voit … et ainsi de suite. Si dans le mariage, l’infidélité semble aujourd’hui un fait banal, normal, et dans le « copinage » ? 😑

« Un malheur » j’ai écris plus haut. Il faut par ailleurs noter que nous devons dédramatiser le sujet du VIH SIDA. Il y va de notre santé morale. Parlant de « santé morale » , la croix rouge accompagne les populations par une prise en charge psychologique. NON, la maladie ne doit plus nous faire peur, ou plus autant …

Je voudrais terminer cet article en partageant un message que j’avais écrit le 19 février 2017 :

« Séropositif, séropositive !? Soyons positifs.
La maladie fait partie de la vie. Elle ne doit pas nous empêcher de vivre. Vivons.
Bon dimanche. « 

J’avais reçu un message privé plus tard, d’un homme qui me demandait si j’étais séropositive. Il cherchait une partenaire …

Il y a ceux qui sont si choqués qu’ils disparaissent à l’annonce de leur résultat, ne se faisant ainsi pas suivre. Des femmes parfois enceintes, des hommes …

Il y a ceux qui connaissent leur statut et décident de propager la maladie pour des raisons qu’eux-seuls peuvent comprendre,

Il y a ceux qui  savent qu’ils sont atteints du SIDA que trop tard,

Et ils y a ceux qui prennent leurs médicaments, se font suivre, adoptent un comportement responsable, sont soutnus par leurs proches et vivent longtemps !

Tout doit changer dans nos façons de faire, qui nous tuent avant l’heure. Quant à moi, test de dépistage prévu ce mois-ci ! 🙂


Merci de suivre le blog, de vous abonner. A bientôt pour un autre partage. 🙂

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Ce site vous est proposé par WordPress.com.

Retour en haut ↑

%d blogueurs aiment cette page :